ARCHIBAT 2027 : VILLES DE DEMAIN, L’AFRIQUE APPELÉE À RÉINVENTER SON ARCHITECTURE
Batirici.ci[Adonis N’Guessan]
Le lancement de la 11ᵉ édition du Salon de l’architecture et du bâtiment (ARCHIBAT), jeudi 22 octobre 2026 à Marcory, à Abidjan, a placé l’innovation, la durabilité et le bien-être des populations au cœur des réflexions sur la ville africaine de demain. Avec un taux d’urbanisation de 52 % en Côte d’Ivoire et un programme d’urgence de 25 000 logements sociaux engagé par le gouvernement, les défis de l’habitat et de l’aménagement urbain s’imposent comme des enjeux majeurs. Prévu du 14 au 18 octobre 2027, ce rendez-vous célébrera également les vingt ans du salon.
Comment construire des villes africaines qui répondent aux aspirations des populations sans sacrifier l’environnement, l’identité culturelle et la qualité de vie ? C’est autour de cette préoccupation qu’a été lancée, le jeudi 22 octobre 2026, à Marcory, à Abidjan, la 11ᵉ édition du Salon de l’architecture et du bâtiment (ARCHIBAT). Placée sous le thème « Villes vivables, villes innovantes, architecture de demain », cette édition anniversaire entend mobiliser les professionnels du cadre bâti autour de solutions adaptées aux défis de l’urbanisation.
À l’ouverture, le commissaire général d’ARCHIBAT, Ismaël N’Guessan Boga, a défendu une vision de la ville où l’innovation doit servir avant tout les besoins humains. Pour lui, une ville vivable ne se résume ni à ses infrastructures ni à la modernité de ses constructions. Elle doit permettre aux populations de se loger dignement, de se déplacer librement et de vivre dans un environnement sûr, inclusif et résilient face aux aléas climatiques.
Il a notamment mis en avant les mutations qui transforment le secteur de la construction. Nouveaux matériaux, outils numériques, intelligence artificielle, bâtiments moins énergivores et réutilisation des ressources existantes. Autant de leviers pour faire émerger une architecture plus responsable. L’enjeu, a-t-il souligné, est de concilier les avancées technologiques avec les savoir-faire locaux et les réalités climatiques africaines.
Joseph Amon appelle à une architecture ancrée dans les réalités africaines
Dans la même dynamique, Joseph Amon, président de l’Ordre des architectes de Côte d’Ivoire, a appelé les professionnels à sortir des modèles de conception qui ne correspondent pas toujours aux réalités géographiques, culturelles et environnementales du continent.
Pour lui, l’architecture de demain doit se construire en Afrique, à partir des compétences, des ressources et des expériences africaines.
Cette ambition suppose de privilégier les bâtiments bioclimatiques, de promouvoir les matériaux adaptés au contexte local, de mieux gérer les déchets et d’intégrer davantage les espaces verts dans l’aménagement urbain. Face à la croissance des villes, notamment Abidjan, l’architecte a plaidé pour une approche globale de la planification qui place la qualité de vie au centre des décisions.
Joseph Amon a également adressé un message aux jeunes architectes, les invitant à faire preuve d’audace, à expérimenter de nouvelles solutions et à s’affranchir du conformisme. Il a insisté sur la nécessité de renforcer les synergies entre architectes, ingénieurs, industriels, promoteurs immobiliers et pouvoirs publics. Selon lui, la transformation durable des villes exige une responsabilité collective et un dialogue permanent entre les différents acteurs du cadre bâti.
Urbanisation à 52 % : le défi du logement au cœur des priorités publiques
Prenant la parole au nom du ministre de l’Urbanisme, du Logement et du Cadre de vie, Moussa Sanogo, son représentant, Martial Goris, a rappelé l’ampleur des défis auxquels la Côte d’Ivoire est confrontée. Avec un taux d’urbanisation de 52 %, le pays doit répondre à une demande croissante en logements, en équipements publics, en infrastructures de mobilité et en services essentiels. Cette progression de la population urbaine impose d’anticiper les besoins et de repenser l’organisation des villes afin d’éviter que leur expansion ne se traduise par une dégradation du cadre de vie.
Face à cette pression, le gouvernement a engagé un programme d’urgence de 25 000 logements sociaux, a indiqué son représentant. Cette initiative place la question de l’accès au logement au cœur des réponses publiques aux besoins des populations. Au-delà de la construction de nouvelles habitations, l’enjeu consiste à favoriser des quartiers mieux aménagés, dotés d’équipements adaptés et intégrés dans une planification urbaine cohérente.
Martial Goris a également évoqué les autres leviers de l’action publique, notamment le développement de quartiers intégrés, l’actualisation des outils de planification urbaine et la modernisation de la gestion foncière grâce à la digitalisation des procédures. Ces orientations visent à améliorer la transparence et l’efficacité de l’administration, tout en accompagnant la transformation des villes ivoiriennes.
Pour le représentant du ministre, l’architecture doit concilier tradition et modernité, valoriser les ressources locales et contribuer à la résilience des villes face aux changements climatiques. Il a souligné que la construction des villes de demain ne saurait relever de l’État seul. Elle nécessite une coopération étroite entre les pouvoirs publics, les collectivités territoriales, les professionnels, les investisseurs et les partenaires au développement.
Vingt ans d’ARCHIBAT, un nouveau cap pour la ville africaine
Au-delà de son lancement officiel, cette 11ᵉ édition revêt une portée particulière avec la célébration des vingt ans d’ARCHIBAT. Le salon, prévu du 14 au 18 octobre 2027 à Abidjan, ambitionne de consolider son rôle de plateforme d’échanges, d’innovation et de coopération pour les acteurs de l’architecture et du bâtiment.
Des rencontres professionnelles africaines sont également annoncées en marge de l’événement, avec la participation attendue d’organisations représentatives des architectes et de jeunes professionnels du continent.
À travers cette édition anniversaire, ARCHIBAT entend ainsi contribuer à une réflexion de fond sur l’avenir des villes africaines.
En Côte d’Ivoire, où les besoins en logements accompagnent une urbanisation soutenue, le défi dépasse la seule construction de bâtiments. Il concerne aussi l’accès à un habitat décent, la mobilité, la préservation de l’environnement et l’aménagement d’espaces urbains inclusifs. Autant d’exigences qui invitent architectes, décideurs et professionnels à faire de la ville de demain un lieu où l’innovation se mesure d’abord à la qualité de vie offerte à ses habitants.
